La traversée de la pornographie: Qu’est-ce que la métapornographie?

Lorsqu’il se rattache à l’appréciation d’un film, le terme «pornographique» désigne couramment une dimension péjorative de l’œuvre. Il connote la gratuité d’un surcroît de scènes de cul, une préférence pour la facilité, un raccourci vendeur, un contenu inutile, etc. C’était d’ailleurs l’un des principaux arguments du mécontentement lorsque Kechiche a raflé la Palme d’Or en 2013. Dans le monde du cinéma, cette accusation n’est pas récente, on a qu’à penser aux derniers films de Pasolini. Barthes disait pour sa part qu’il n’y a «rien de plus homogène qu’une photo pornographique» : aucun détournement du sens ne s’opère à partir de celle-ci, ce qui renforce en quelque sorte une sémantique de la vacuité autour du terme. Ceci est sans compter l’industrialisation de la sexualité qui rallie, selon plusieurs, le capitalisme marchand à l’ordre patriarcal au sein de la porno.

Si l’adjectif sert à condamner un registre de représentations, pourquoi certaines artistes revendiquent-elles l’aspect pornographique de leur œuvre? C’est le paradoxe à partir duquel travaille Julie Lavigne dans La traversée de la pornographie: Politique et érotisme dans l’art féministe, publié au printemps 2014 aux Éditions du remue-ménage. Pour l’historienne de l’art et professeure au Département de sexologie de l’UQAM, les recherches sur la pornographie en art constituent un point aveugle des études sur l’art féministe. Pourtant, le phénomène de la «pornographie féministe», qu’elle observe depuis les années 90, est au cœur des pratiques artistiques de certaines femmes. Comment, dès lors, aborder de telles œuvres si la pornographie est signe de marchandise, de patriarcat, ou encore d’objectivation du corps féminin?

Pour en parler, il faut selon elle envisager une manière de concevoir la pornographie de manière critique sans pour autant la condamner radicalement. Malgré les liens étroits qu’entretient la porno avec la marchandisation d’une sexualité phallocentrique, Julie Lavigne croit qu’«il est possible [de l’envisager] comme étant salutaire d’un point de vue féministe». Son essai, qui s’intéresse donc aux représentations à caractère sexuel, est fait de crochets serrés entre appareil théorique et matériel artistique dans le but de démontrer que la pornographie, comme «objet culturel», n’est pas «dénuée de qualités esthétiques». Au terme de cette traversée, il pourrait même être possible d’entrevoir quelque chose comme une «métapornographie». […]

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