Droit de cité

Être femme au Burkina Faso

— Monique Ilboudo

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Droit de cité

Être femme au Burkina Faso

— Monique Ilboudo

Jusqu’en 1960, la Haute-Volta, qui s’appelle depuis 1984 le Burkina Faso, était une colonie française. En 31 ans d’indépendance, le Burkina Faso aura connu trois régimes constitutionnels et six régimes d’exception. Après une telle instabilité politique, l’adoption de la Constitution en 1991 est apparue comme un nouveau point de départ devant permettre de jeter les bases d’une véritable démocratie pluraliste.

Établir un État de droit civil là où le droit coutumier avait préséance n’est pas toujours une tâche facile. Monique Ilboudo, en tant que citoyenne mais aussi en tant que ministre des Droits humains, s’y est engagée. Elle ne craint pas de faire une analyse objective et honnête des mesures mises en place par l’État tout en mettant en perspective l’influence du colonialisme et du monde occidental qui ont su entretenir, et entretiennent encore, plusieurs mythes ayant empêché les citoyennes et les citoyens burkinabè de s’épanouir.

La première partie du livre traite des mutilations génitales chez les fillettes et chez les femmes, mais aussi de la pratique de la circoncision pour les garçons. Pratiques qui ont malheureusement encore cours au Burkina Faso malgré un système juridique l’interdisant. L’auteure questionne aussi la légitimité que cette pratique a pu acquérir dans certains pays, notamment en Italie, où en 1988, des professionnels du corps médical et paramédical, sous prétexte d’éviter les problèmes d’infection, pratiquent légalement des excisions. Comme s’il s’agissait des conditions d’hygiène déplorables qui rendaient l’excision intolérable! Elle rappelle que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) aura attendu jusqu’en 1977 pour enfin se prononcer contre cette pratique. Encore aujourd’hui, en France, certains esprits bien pensants, au nom de la tolérance à l’égard des différences culturelles, estiment qu’ils ne doivent pas intervenir dans le débat sur l’excision. Le droit à la différence ne rime-t-il pas, parfois, avec indifférence?

L’auteure s’intéresse aussi à d’autres problématiques touchant les femmes burkinabè telles que la contraception, l’interruption volontaire de grossesse, le viol, l’inceste, la sorcellerie, le droit matrimonial, la polygamie, le libre choix du conjoint et l’âge matrimonial. En dernier lieu, elle traite de la scolarisation des filles, de la division sexuelle des tâches et des responsabilités et de la (faible) représentation des femmes en politique.

Un petit traité des droits des femmes burkinabè qui nous éclaire tant du point de vue juridique, historique, ethnographique que socioculturel. Les femmes peuvent dorénavant fonder des espoirs légitimes quant à leur pleine citoyenneté dans ce nouvel État de droit démocratique. L’espace public par exemple, qui semblait naturellement réservé aux «mâles», est de plus en plus investi par les femmes. Beaucoup de chemin parcouru au Burkina Faso, mais encore beaucoup à faire.

Pourquoi un tel ouvrage publié au Québec? Parce qu’il y a des êtres que l’on croise un jour, en l’occurrence Monique Ilboudo, avec qui on a envie de faire un bout de route. Chemin faisant, on découvre une femme fascinante qui nous invite à parcourir l’univers captivant de sa culture, de ses concitoyennes et concitoyens de son pays qu’elle aime. Une invitation à voyager au pays que l’on dit des hommes intègres.

Un corps à soi… une chambre à soi… et la Cité à tous. L’architecture de cet essai est à la fois spécifique et globale. Aucune concession ici à la thèse du relativisme culturel que l’auteure exècre, mais une adhésion maîtrisée et puissante à «notre commune appartenance à la condition humaine».
Jean-Louis Roy, président de Droits et Démocratie – extrait de la préface

ISBN: 978-2-89091-244-1 2006 15 • 23 cm 168 pages Disponible

Monique Ilboudo

Monique Ilboudo est née à Ouagadougou (Burkina Faso). Titulaire d’un doctorat en droit, elle a enseigné, jusqu’en 2001, le droit privé à l’université de Ouagadougou. Elle a tenu diverses rubriques dans des journaux dont la plus connue a pour titre « Féminin Pluriel » et traite de la condition des femmes au Burkina Faso. Elle est l’auteure de nombreux ouvrages dont un livre très important dénonçant l’excision, ainsi que Le mal de peau, qui a été récompensé par le Prix national du Burkina Faso.

  • Préface
  • Exorde
  • I. UN CORPS À SOI
  • Chapitre 1: L'intégrité du corps
  • Chapitre 2: Le contrôle du corps
  • Chapitre 3: Le contrôle de l'esprit
  • II. UNE CHAMBRE À SOI
  • Chapitre 4: Le mariage et le droit
  • Chapitre 5: Les limites du droit
  • III. ET LA CITÉ À TOUS
  • Chapitre 6: L'école des filles
  • Chapitre 7: Champ ouvert, bureau fermé
  • Chapitre 8: La politique, un bastion bien gardé
  • Perspectives d'avenir
  • Notes
  • Bibliographie
  • Sigles et abréviations