Marie Gérin-Lajoie

Conquérante de la liberté

— Anne-Marie Sicotte

Marie Gérin-Lajoie

Conquérante de la liberté

— Anne-Marie Sicotte

Elle a été première ministre de la solidarité féminine, et la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, qu’elle a fondée, fut le siège de son gouvernement. Pendant un demi-siècle, Marie Gérin-Lajoie a déployé une infatigable ardeur à combattre les préjugés véhiculés au sujet des femmes, considérées alors par beaucoup comme des êtres influençables aux nerfs fragiles et aux facultés intellectuelles limitées.

Cette biographie met en relief la destinée exceptionnelle de cette pionnière de la lutte pour le droit de vote et le droit à l’éducation pour les femmes du Canada français. Inlassablement, elle a dénoncé la situation au moyen d’une pensée sociale originale, transformant sa foi en volonté d’action. Indignée d’être, uniquement à cause de son sexe, une citoyenne de seconde classe à qui l’on interdit non seulement un éventail de professions, mais aussi l’exercice du droit de vote, elle a mis sur pied des regroupements syndicaux pour diverses catégories de travailleuses et fondé une fédération d’associations féminines qui a transformé la parole des femmes isolées en une puissante voix collective. Elle a ainsi ouvert la formidable brèche grâce à laquelle la génération suivante de féministes (dont sa propre fille, sœur Marie Gérin-Lajoie, et les militantes Idola Saint-Jean et Thérèse Casgrain) a pu obtenir des victoires significatives. En ce sens, elle a pavé la voie à l’explosion du mouvement féministe québécois à partir des années 1960.

ISBN: 978-2-89091-235-9 2005 15 • 23 cm 503 pages Disponible

Anne-Marie Sicotte

D’abord journaliste, Anne-Marie Sicotte s’est spécialisée dans le récit historique, signant des biographies de Justine Lacoste-Beaubien et de Gratien Gélinas. Elle est également l’auteure des romans Le lutin dans la pomme (littérature jeunesse) et de la trilogie Les Accoucheuses. Sa passion pour la photographie ancienne l’a amenée à rédiger Quartiers ouvriers d’autrefois, paru aux Publications du Québec.

« Née au sein d’une famille d’écrivains, j’ai pondu mes premiers romans d’aventure à l’âge de dix ans. J’ai dû cependant noircir des milliers de pages avant de me retrouver sur les rayons des librairies… Mon lectorat initial fut constitué de mes consoeurs et confrères étudiants de l’Université de Montréal, où j’ai obtenu en 1984 un baccalauréat en histoire et en anthropologie tout en signant des papiers dans les pages de plusieurs journaux étudiants (Le Sablier, Continuum et Parenthèses).

J’ai ensuite poursuivi mes activités journalistiques au sein de plusieurs revues et journaux, en tant que collaboratrice ou rédactrice en chef (Magazine M, Liaison Saint-Louis, La Criée, Vélo Mag). Cependant, dès mon entrée dans le monde professionnel, j’ai pu allier ma passion pour la science historique avec celle de l’écriture, en acceptant la responsabilité de deux publications de vulgarisation historique pour le compte du Lieu historique national du Canal de Lachine, à Montréal, soit le journal mensuel L’Éclusier et la brochure De la vapeur au vélo : le guide du Canal de Lachine.

Pendant ce temps, ma perspective sur mon grand-père changeait du tout au tout : de « grand-bonbons », Gratien Gélinas devenait un homme vieillissant que je craignais de voir disparaître, emportant avec lui les secrets de sa vie d’artiste… Armée de mon magnétophone, je me suis mise à l’interroger et c’est ainsi que je me suis laissée peu à peu emporter par le projet stimulant d’écrire la première biographie complète à son sujet. J’y ai tenté de rendre justice, de façon originale, autant à la fragilité de l’homme qu’à la révolution qu’il a opérée dans l’imaginaire collectif canadien-français.

Dans La Ferveur et le Doute, j’ai déroulé le fil de sa vie selon les deux principales lignes de force de son tempérament : celles qui ont fait de lui un créateur fervent et acharné, mais perpétuellement miné par l’insécurité et le doute. Il s’agissait de montrer la vie d’un homme qui inventait une dramaturgie, mais pour qui la quête de reconnaissance a constitué le drame intime de sa vie, même si on lui a décerné de grands honneurs, même si le public en a fait son « enfant-chéri ».

Les années 1994 à 1996 furent donc, pour moi, fertiles en naissances : non seulement les deux tomes de la biographie de cet homme de théâtre, mais également mes deux aînés, Sarah et Antoine. Tout en mettant au monde Étienne, mon petit dernier, pour conclure cette vivante trilogie, j’ai tenté de fusionner à mon amour pour la photographie une préoccupation majeure, celle de mettre les richesses et les enseignements du passé à la portée du grand public.

Sollicitant nos sens et nos émotions, les vieilles photographies évoquent « l’ancien temps » de manière agréablement vivante et suscitent un éveil à la science historique comme peu d’ouvrages savants peuvent le faire. Dans ce sillage, j’ai donc engendré quatre livres. Le plus ancien, Quartiers ouvriers d’autrefois, 1850-1950, raconte en images l’industrialisation des villes de Sherbrooke, Québec et Montréal, passage tumultueux entre l’ancienne société agricole et le monde contemporain.

L’idée des deux ouvrages suivants m’est venue au cours de mes recherches sur la place de la religion et le discours « sacré » dans l’histoire de notre province. J’ai d’abord réalisé qu’il était impossible de faire l’histoire des femmes tout en niant l’importance passée des religieuses, comme nous avons eu tendance à le faire depuis la fin de la « grande noirceur ». Femmes de lumière : Les religieuses québécoises avant la Révolution tranquille est ma modeste tentative pour remettre ces images dans notre mémoire collective.

Dans cette même veine, j’ai voulu faire découvrir aux jeunes un Québec difficile pour eux à imaginer. Submergés par les valeurs morales de la toute puissante religion catholique romaine, les Canadiens français ont longtemps vécu sous un véritable régime de terreur fondé sur la peur du péché et de l’enfer. Avec la complicité du gouvernement civil, en s’appuyant sur une puissante imagerie et un cérémonial grandiose, la Hiérarchie ecclésiastique a régné sans partage sur les âmes pieuses de la province : c’est du moins ce que dévoile Les années pieuses, 1860-1970.

Enfin, dans le cadre du centième anniversaire de naissance de mon grand-père et biographié, j’ai voulu offrir un bouquet visuel. Créateur fascinant par sa complexité et sa profonde humanité, metteur en scène doué et auteur de premier plan, Gratien Gélinas fut la première grande vedette de la scène québécoise, et à ce titre, sa vie est un panorama fascinant, qui révèle des grands pans de l’histoire sociale du Québec. Gratien Gélinas en image : Un p’tit comique à la stature de géant retrace le parcours d’un homme ayant réussi, mais dévoré par son besoin d’être aimé à travers sa réussite artistique.

Pendant ce temps, l’appel de la fiction battait en moi comme le ressac de la marée depuis ma prime jeunesse mais, surtout, depuis qu’une de mes nouvelles se méritait en 1992 le grand prix du concours annuel du journal Voir (reprise dans l’ouvrage collectif Circonstances particulières). Ce désir profond, je l’ai d’abord assouvi au moyen de deux courts récits biographiques romancés : Justine Lacoste-Beaubien, Au secours des enfants malades et Gratien Gélinas, Du naïf Fridolin à l’ombrageux Tit-Coq.

J’ai ensuite remis en chantier un roman dont la trame était née une quinzaine d’années d’auparavant. Les amours fragiles est paru en 2003, un huis clos pendant lequel une jeune femme se rebelle devant les silences et les fuites de ses parents qui l’ont laissée grandir dans une grande solitude. Mon second roman, Le lutin dans la pomme, a pris racine quelques mois après les événements tragiques de septembre 2001, à New York. J’ai eu envie de raconter la guerre aux enfants et, en même temps, de leur faire ressentir le changement historique. J’ai incarné ces deux thèmes à travers la destinée d’un lutin séparé de sa famille par la guerre et qui, devenu très âgé, demande à une fillette, Ernestine, de l’aider à la retrouver.

Mais en fréquentant la fondatrice de l’hôpital Sainte-Justine pour le récit biographique mentionné plus haut, j’ai entraperçu une femme étonnante : sa sœur Marie Gérin-Lajoie, née Lacoste. En parcourant quelques textes de sa main, en prenant connaissance de quelques-unes de ses réalisations d’envergure, j’ai réalisé que l’une des plus importantes féministes québécoises de tous les temps était honteusement ignorée, notamment parce que le récit de sa vie dormait encore dans de nombreuses boîtes de documents d’archives!

J’ai donc sauté à pieds joints dans la recherche et la rédaction de ce qui est devenu une monumentale biographie, soit Marie Gérin-Lajoie : Conquérante de la liberté, paru en 2005. Elle a été première ministre de la solidarité féminine, et la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, qu’elle a fondée, fut le siège de son gouvernement. Marie Gérin-Lajoie a été, sans contredit, parmi les Canadiens français les plus influents de la première moitié du 20e siècle, notamment à cause de l’ampleur et de la durée de son action, de ses qualités personnelles de ténacité et de générosité et de son influence sur les générations suivantes.

Pendant un demi-siècle, elle a déployé une infatigable ardeur à réfuter les préjugés véhiculés au sujet des femmes, considérées alors par beaucoup comme des êtres influençables aux nerfs fragiles et à l’intellect amoindri. Très tôt dans sa vie, Marie a refusé d’être tenue dans un état de sujétion qui niait son intelligence et sa créativité. Sa forte personnalité et son individualisme singulier lui ont permis de transformer sa foi en volonté d’action et d’articuler une pensée sociale d’avant-garde. Se rebellant devant le traitement discriminatoire que le Code civil infligeait aux femmes mariées, elle est devenue une spécialiste autodidacte du droit, soucieuse de convaincre ses contemporains de l’urgence de modifier les textes de loi.

Indignée d’être, uniquement à cause de son sexe, une citoyenne de seconde classe à qui l’on interdit non seulement un éventail de professions, mais aussi l’usage du droit de vote, elle a compris que pour obtenir des changements, les femmes devaient se donner la puissance de l’association. À ses yeux, toutes les femmes étaient des travailleuses de la famille dont les besoins fondamentaux étaient ignorés. Contre vents et marées, elle a regroupé des dizaines d’associations féminines en une fédération, faisant ainsi de la parole isolée des femmes, une puissante voix collective. Malgré l’incompréhension et même la hargne de ses contemporains, avec une formidable audace, elle a mis sur pied divers regroupements syndicaux pour les travailleuses.

Pendant les années où j’ai intimement côtoyé Marie, où j’ai fait revivre celle qui n’était plus qu’un souvenir, un personnage féminin prenait forme et exigeait de vivre. Un personnage de fiction, cette fois-ci, une femme de tempérament, professionnellement ambitieuse. En même temps, j’aspirais à retrouver une liberté créatrice quelque peu ensevelie sous des montagnes de documents et de notes… C’est ainsi que j’ai mis au monde Flavie et sa mère Léonie, sages-femmes, dans la saga historique Les Accoucheuses, dont les trois tomes sont parus entre 2006 et 2008.

La genèse de ce roman remonte fort probablement à mes années de post-adolescence, alors que ma sensibilité aux injustices sociales s’incarnait dans une remise en question de la consommation à outrance, de l’industrialisation et de la surmédicalisation de notre société. Le débat public faisait rage au Québec concernant l’intégration des sages-femmes dans le système public de santé et je vibrais d’indignation devant ce qui m’apparaissait un abus de pouvoir…

En 1845, à l’âge de seize ans, mon héroïne Flavie entreprend l’apprentissage du métier de sage-femme auprès de Léonie Montreuil, sa mère, qui caresse d’audacieux projets. Mais la société de l’époque est placée sous le règne tyrannique de la pudeur… Une âpre lutte s’amorce entre accoucheuses et hommes de l’art, entre dames patronnesses et hommes de robe. Ces deux femmes refusent de sacrifier, à l’autel de conventions, leur personnalité et leur joie de vivre. Au sein d’un monde marqué par des tensions sociales très vives, au cœur d’une ville qui subit sa part de tragédies, leur destin s’inscrit dans la trame des bouleversements du début des temps modernes. »

 

 

  • En prélude à cette biographie
  • Les deux Marie, mère et fille
  • Au sujet des notes de bas de page
  • 1. Une enfance à l’école des fortes vertus (1867-1877)
  • 2. Le couvent comme une prison (1877-1884)
  • 3. Une jeune fille indignée par l’injustice (1884-1887)
  • 4. La grande découverte du droit d’association (1887-1893)
  • 5. Les débuts d’un mouvement «révolutionnaire» (1893-1896)
  • 6. Un féminisme approuvé par l’Église (1896-1897)
  • 7. Une fervente avocate du droit à l’instruction (1897-1904)
  • 8. La lancée vers les bureaux de vote (1904-1906)
  • 9. Première ministre de la solidarité féminine (1906-1907)
  • 10. Les premières victoires de la Fédération nationale (1907-1910)
  • 11. La croisade de l’eucharistie (1910-1914)
  • 12. À la conquête du savoir et de l’espace public (1914-1918)
  • 13. Le droit de vote pour faire partie de la nation (1918-1922)
  • 14. Les évêques québécois en campagne (1922)
  • 15. Le grand voyage à Rome (1922-1923)
  • 16. La volte-face de Mgr Gauthier (1923-1928)
  • 17. L’ultime lutte contre les abus de la loi (1928-1932)
  • 18. Des heures douces à l’infini (1932-1945)
  • Notes
  • Note sur les fonds d’archives
  • Bibliographie
  • Liste des encadrés
  • Crédits photographiques
  • Chronologie