Mélissa Blais intervient dans une enquête de France Info

France Info s’est penchée sur l’influence et la place des discours masculinistes dans les médias sociaux.

 

 

Autour de ces influenceurs qui ont fait du machisme leur marque de fabrique, nombre de discours misogynes sont enrobés dans des contenus lifestyle, a priori inoffensifs : ils traitent de musculation, de conseils financiers, notamment sur les cryptomonnaies, ou de philosophie. Mais l’algorithme de TikTok « est extrêmement puissant et crée un univers clos en une fraction de seconde », pointe la chercheuse québécoise : l’utilisateur se retrouve cerné. « L’univers entier semble devenir antiféministe », analyse Mélissa Blais.

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Masculinisme: Une enquête du Monde s’appuie sur les travaux de Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri

Une enquête parue le 14 avril dernier dans Le Monde s’appuie sur la définition des chercheur·se·s Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri développée dans l’ouvrage qu’iels ont dirigé, Le mouvement masculiniste au Québec: l’antiféminisme démasqué. En France, comme au Québec, le discours masculiniste connait un inquiétant regain de popularité.

L’observatoire de l’antiféminisme se penche sur ces courants de pensées depuis plusieurs années.

 

 

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Francis Dupuis-Déri : “être proféministe doit comporter des coûts, et pas seulement des avantages”

Comment décririez-vous les effets du patriarcat dans votre collaboration sur des bases féministes ?

Mélissa Blais : Pour moi, nos rapports avec les médias démontrent la persistance des dynamiques patriarcales, puisque Francis reçoit des invitations des médias bien plus souvent que d’autres femmes féministes, moi y compris, pour expliquer son engagement et présenter son expertise. Et on prétend chaque fois que c’est très original de permettre à des hommes de s’exprimer sur ces questions.

Francis Dupuis-Déri : En effet, j’ai été sollicité pour parler de tant de sujets sur lesquels je n’ai pas écrit une ligne : l’avenir du féminisme, les femmes en politique, la non-mixité féminine, les sports féminins, le métier de secrétaire et même le « plafond de verre », douce ironie! Lorsque je refuse de telles invitations et propose des expertes, on m’explique qu’il serait plus intéressant d’entendre un homme sur ces sujets. On me demande même mon avis sur des thèmes d’expertise de Mélissa, les violences contre les femmes et l’attentat antiféministe du 6 décembre, alors qu’on ne lui demande jamais d’intervenir sur des sujets dont je suis spécialiste. Il y a donc un avantage à être un homme proféministe, même lorsque les médias s’intéressent aux femmes, et c’est très problématique. […]

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Les bonnes planques de l’antiféminisme

Grâce à l’essai [Le boys club] de Martine Delvaux, professeure canadienne, le sujet des boys clubs fait l’actualité, féministe, depuis quelques semaines: elle y analyse ces groupes d’hommes, souvent riches, blancs, hétéros, présents partout dans les structures de nos sociétés. Clubs non-mixtes, conseils d’administration, réunions politiques… Des lieux de pouvoir où ces groupes d’hommes se réunissent et prennent des décisions avantageuses à leur égard, et souvent défavorables aux femmes. Antiféministes, ces boys clubs?

Mélissa Blais tempère. «Si l’antiféminisme cherche à créer des espaces exclusivement masculins, le boys club n’est pas nécessairement antiféministe. Ce dernier est une posture politique visant à reproduire cette division sociale des sexes, qui identifie les féminismes comme un problème. Un boys club reproduit une vision sociale inégalitaire des sexes, la division sexuelle du travail, une hiérarchie de valeurs entre travail masculin et féminin… C’est de l’entraide entre hommes, du copinage : la reproduction de leurs avantages et privilèges par une posture masculine traditionnelle.» Cette posture masculine n’épargne pas les mouvements progressistes de gauche. Parce que « ces organisations sont aussi contrôlées par des hommes blancs, hétéros pour la plupart. Indirectement, ils reproduisent un privilège, celui de prioriser la lutte qui défend leurs propres besoins et intérêts. Cette reproduction des clivages, à l’intérieur des assemblées de gauche, permet d’expliquer pourquoi le féminisme passe toujours au second plan, tout comme l’antiracisme. Il s’agit quand même bien, dans les faits, d’articuler dans leur stratégie une sorte d’antiféminisme », poursuit la professeure, qui remarque au passage que le mouvement féministe reproduit aussi cette priorisation «d’une lutte que nous espérons universelle», mais qui invisibilise les inégalités raciales et sociales et laisse donc des femmes à la marge.

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Attentat masculiniste de Toronto

Mélissa Blais est québécoise, chargée de cours à l’Institut de recherches et d’études féministe de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Elle a travaillé sur la mémoire de la tuerie de l’Ecole polytechnique de Montréal, survenue le 6 décembre 1989, pendant laquelle Marc Lépine avait tué 14 femmes avant de se suicider. Elle a aussi co-écrit Le mouvement masculiniste au Québec: l’antiféminisme démasqué. […]

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