Francis Dupuis-Déri : “être proféministe doit comporter des coûts, et pas seulement des avantages”

Comment décririez-vous les effets du patriarcat dans votre collaboration sur des bases féministes ?

Mélissa Blais : Pour moi, nos rapports avec les médias démontrent la persistance des dynamiques patriarcales, puisque Francis reçoit des invitations des médias bien plus souvent que d’autres femmes féministes, moi y compris, pour expliquer son engagement et présenter son expertise. Et on prétend chaque fois que c’est très original de permettre à des hommes de s’exprimer sur ces questions.

Francis Dupuis-Déri : En effet, j’ai été sollicité pour parler de tant de sujets sur lesquels je n’ai pas écrit une ligne : l’avenir du féminisme, les femmes en politique, la non-mixité féminine, les sports féminins, le métier de secrétaire et même le « plafond de verre », douce ironie! Lorsque je refuse de telles invitations et propose des expertes, on m’explique qu’il serait plus intéressant d’entendre un homme sur ces sujets. On me demande même mon avis sur des thèmes d’expertise de Mélissa, les violences contre les femmes et l’attentat antiféministe du 6 décembre, alors qu’on ne lui demande jamais d’intervenir sur des sujets dont je suis spécialiste. Il y a donc un avantage à être un homme proféministe, même lorsque les médias s’intéressent aux femmes, et c’est très problématique. […]

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Les parallèles entre la tuerie de Polytechnique et le massacre de la mosquée de Québec

Qu’y a-t-il à dire sur la manière de nommer ou de conceptualiser l’événement ?

Le refus de nommer les choses fait partie du procédé d’occultation. Je m’interroge sur le refus d’utiliser le terme «attentat terroriste». C’est encore d’actualité pour Polytechnique. On refuse d’utiliser ce terme pour qualifier l’attentat du 6 décembre 1989. Je sais que certaines définitions brouillent les cartes, surtout la définition juridique. Pourtant, selon la définition sociologique, l’attentat terroriste désigne le crime motivé par des raisons politiques ou idéologiques contre une communauté. En refusant de parler d’attentat, on refuse de penser le problème en amont, qui est de l’ordre du sexisme ou du racisme. […]

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Débusquer l’antiféminisme

Mélissa Blais a participé à une table ronde intitulée «Du boy’s club à l’antiféminisme: nouveaux visages et vieux refrains» à l’occasion du Salon du livre de Montréal en 2015. Animée par Judith Lussier, la discussion réunissait également Francis Dupuis-Déri et Martine Delvaux.

Pour la sociologue Mélissa Blais, c’est avec l’attentat meurtrier de 14 femmes à l’École polytechnique de Montréal que le discours antiféministe s’est ouvertement déclaré. Et qu’il s’est propagé dans les médias de masse et maintenant sur Internet. Il infiltre tant les mouvements de gauche que de droite ainsi que les syndicats et associations étudiantes. Il détourne l’attention des véritables inégalités que vivent encore les femmes. Le discours sur la crise de la masculinité a pour conséquence de drainer au profit des hommes les ressources disponibles.

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Tuerie de l’École Polytechnique, l’attentat antiféministe

[Guillaume] «J’hais les féministes». À quoi fait référence cette phrase?

[Mélissa Blais] C’est un rappel-choque des intentions politiques du tueur de l’École polytechnique, Marc Lépine. C’est-à-dire que, puisque dans les médias j’ai constaté qu’il y avait eu une certaine occultation des intentions politiques du tueur, c’était de rappeler que son intention était antiféministe.[…]

 

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