Lecture: Le salaire au travail ménager

Cet ouvrage de Louise Toupin offre un véritable retour dans le temps, vers ce qui a été un épisode presque oublié de la première phase du renouveau féministe des années 70 : le mouvement pour un salaire au travail ménager. Dans une chronique, qui s’apparente presque par moments à une autopsie, l’auteure expose avec précision et de façon fort éclairante le contexte d’émergence, les bases théoriques et les principaux jalons historiques de cette lutte politique radicale.

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Féminisme, travail du sexe et reproduction sociale

L’apport théorique des militantes du Collectif Féministe International (CFI) – dont Silvia Federici fut d’ailleurs une figure majeure – et qui mena campagne pour le salaire au travail ménager fut en effet fondamental dans la compréhension de l’oppression des femmes dans le capitalisme. La plupart de ces textes n’ayant alors que difficilement franchi la barrière de la langue, c’est un véritable cadeau que Louise Toupin offre aux féministes francophones, en retraçant dans son ouvrage l’histoire à la fois de la production théorique de ce collectif, mais aussi et surtout de ses luttes «sur le terrain». […]

La campagne pour un salaire au travail ménager permettait donc de lutter contre cette marginalisation, en rappelant la valeur de ce travail. Surtout, cette campagne permettait de mettre en lumière, que partout où il y a exploitation, qu’il s’agisse de l’usine, mais aussi du foyer, du bordel ou du trottoir, alors il y a la possibilité d’une lutte.

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L’épouvantail dans le jardin? Suivi d’un épilogue

Ce texte a été publié pour la première fois dans le célèbre numéro hors série de La Vie en rose, paru à l’automne 2005. Dix ans plus tard, nous le reproduisons ici accompagné d’un épilogue écrit par l’auteure en mars dernier.

Quand on entrait dans le détail de tout ce que comportait le travail non salarié des femmes, le terme «travail ménager» semblait bien réducteur. En réalité, ce travail recouvrait bien plus que les tâches domestiques et matérielles. Il incluait aussi l’éducation et la socialisation des enfants et des adolescents, les soins médicaux et le soutien émotionnel à la maisonnée entière, la «charge mentale» de l’organisation et du bon fonctionnement de la vie familiale, etc. Il touchait donc l’immense champ du travail immatériel: les soins psychologiques aux enfants, au conjoint, à ses vieux parents et parfois même aux parents du conjoint, ainsi qu’aux personnes malades et handicapées de la famille élargie.

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Entrevue avec Louise Toupin

[Louise Toupin] Enfin, j’ai produit ce livre dans le but d’offrir des outils critiques à plusieurs débats et enjeux actuels, dont la sempiternelle question du partage des tâches au sein des couples, la difficile «conciliation famille-emploi» et ses effets discriminants sur les mères salariées, ainsi que la nouvelle division internationale du travail reproductif dans le monde. Donc, un devoir de mémoire, mais aussi un outil de réflexion historique pour nourrir des questions actuelles. […]
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Les libraires craquent!

Quels étaient ces groupes féministes revendiquant un salaire au travail ménager? Quels ont été leurs actions, leurs réflexions et leurs débats? L’auteure s’engage à expliquer les racines de cette première esquisse d’un mouvement international. Elle démontre adroitement comment les femmes ont été ciblées par l’éclosion du capitalisme, présentant les analyses des pionnières d’une critique à l’intersection des luttes féministes et des luttes de classes. La force de cet ouvrage se trouve dans sa capacité à lier les combats d’hier à l’actualité, ainsi qu’à proposer une trame narrative différente d’une société où la pensée et les actions féministes sont trop souvent mises au rancart. Une lecture nécessaire!

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Caliban et la sorcière | Une perspective féministe du capitalisme

[D]ans la froideur d’un janvier glacial, au Centre St-Pierre de Montréal, la résistance féministe s’organise de nouveau à l’occasion d’une rencontre avec Federici et Louise Toupin: «Stratégies féministes contre le néolibéralisme». Elles font un retour sur un mouvement important de femmes des années 1972-1977, le Collectif international féministe (CIF). Occulté des livres d’histoire féministe, il est réhabilité par Louise Toupin dans Le salaire au travail ménager.

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Sorcières d’hier à aujourd’hui

Sorcières contemporaines

Quelque 500 ans plus tard, dans la froideur d’un janvier glacial, au Centre St-Pierre de Montréal, la résistance féministe s’organise de nouveau à l’ occasion d’une rencontre avec Federici et Louise Toupin: « Stratégies féministes contre le néolibéralisme ». Elles font un retour sur un mouvement important de femmes des années 1972-1977, le Collectif féministe international (CFI). Occulté des livres d’histoire féministe, il est réhabilité par Louise Toupin dans Le salaire au travail ménager.

Plus qu’une revendication pécuniaire, ce mouvement ancré dans le marxisme avait un fort potentiel subversif et proposait de miner le capitalisme en détruisant ce sur quoi il repose: la gratuité du travail ménager. En effet, la somme incroyable de travail fourni par les femmes aux autres, dont la reproduction, n’a jamais été reconnue comme production par les gouvernements. Toupin explique que la reconnaissance de ce travail invisible aurait créé des alliances entre femmes pour les fonctions remplies à l’extérieur comme à l’intérieur de la maison. Le mouvement promettait de mettre fin à la subordination des non-salariées aux salariés et d’oeuvrer ainsi à la destruction des rapports de domination patriarcale et capitaliste. Mais cette analyse a été «balayée sous le tapis» par le reste du mouvement féministe.

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Les luttes pour le salaire ménager | théorie et pratique

Active dès sa création dans le Front de Libération des Femmes du Québec – création sur laquelle elle revenait récemment dans un entretien vidéo publié sur la revue en ligne Raisons Sociales, et qui lui valut quelques semaines de prison – Louise Toupin est également alliée de longue date du mouvement des travailleuses du sexe, collaborant notamment avec l’association québécoise Stella, et auteure de plusieurs articles sur la question du «trafic» des femmes et son traitement par les mouvements féministes. Titulaire d’un doctorat en science politique et chargée de cours à l’UQAM, elle compte également parmi les fondatrices des Éditions du remue-ménage, chez qui elle a déjà publié d’une part, avec Véronique O’Leary, une histoire du féminisme québécois, Québécoises deboutte ! (en deux tomes, publiés respectivement en 1982 et 1983), et d’autre part une anthologie de textes issus du mouvement des travailleuses du sexe, en codirection cette fois avec Claire Thiboutot et Maria Nengeh Mensah: Luttes XXX. Inspirations du mouvement des travailleuses du sexe (paru en 2011).

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