Pour un féminisme non solipsiste — Entretien avec Diane Lamoureux | troisième partie

[Sylvia Duverger] Vous évoquez un sujet fragmenté que le féminisme opposerait au monolithe patriarcal, opposition qui serait d’un insigne apport en politique (p. 145). Pourriez-vous nous en dire plus sur la genèse féministe de ce sujet fragmenté, et sur ce qui le fait tenir, sur ce qui lui permet d’agir, en dépit (ou à cause ?) de sa fragmentation ?

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Entretien avec la politologue québécoise Diane Lamoureux | première partie

[Diane Lamoureux] La radicalité du féminisme consiste à vouloir bouleverser l’ensemble des rapports sociaux pour que les femmes puissent devenir co-actrices du monde commun. Toutes les dimensions de l’existence humaine sont donc à transformer. Dans cette optique, le féminisme ne peut se satisfaire du “gender mainstreaming” qui consiste à placer des femmes à des postes de décision sans changer les structures sociales existantes fortement inégalitaires et, malheureusement pas seulement à l’encontre des femmes, ou encore à mesurer les inégalités de genre en faisant fi des rapports sociaux qui les structurent. Ce que nous, les féministes radicales, appelons de nos vœux, c’est de mettre fin à un phénomène tellement ancré dans toutes les sociétés humaines, la domination masculine, que certains ont voulu en faire un fait de nature. Et nous savons que pour cela il nous faut inventer d’autres façons de vivre, de produire, d’aimer, de se gouverner, qui soient basées sur l’égalité et la liberté de toutes et de tous dans une solidarité humaine et une responsabilité collective de maintenir les conditions de la vie humaine sur la planète Terre. […]

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Des essais à tenir à l’œil

Dans la foulée du débat sur qui est ou n’est pas féministe, voilà un livre (au ton universitaire, il faut le préciser) qui aide à clarifier certains concepts et à bien comprendre l’évolution du mouvement au Québec. Professeure de philosophie politique à l’Université Laval, Diane Lamoureux affirme que les féministes doivent renoncer au «nous» afin d’inclure les différentes expériences d’oppression des femmes qui peuvent aussi bien venir du patriarcat que du système capitaliste ou du racisme. En d’autres mots, elle défend l’idée – dominante dans les cercles féministes aujourd’hui – de l’intersectionnalité. Une réflexion intéressante.

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