L’écriture comme une hache

[…] Mettre la hache, le slam western de Pattie O’Green, recycle les traits de quelques genres intimes et oscille entre autobiographie, essai et pamphlet. On pourrait sans équivoque parler d’une écriture marquée par l’oralité qui joue sur l’incertitude générique en plaçant le corps au cœur de cette ballade guerrière. Le souffle du texte prend la forme d’une scansion effrénée qui traduit les soubresauts d’une pensée en accord avec la reconstruction d’une identité: «Pis on va comprendre que le petit rehaussement de la BEAUTÉ DE L’HUMANITÉ ne se fera pas avec un BISTOURI, mais avec la HACHE, chers amis.» Ce geste performatif nous interpelle, nous confronte à cette réalité du trauma et aux séquelles qu’il a engendrées. La colère résonne, s’entend. Il faut dire que les dispositifs typographiques et les dessins de Delphine Delas contribuent à hausser le ton du texte, à le slamer davantage. Les cicatrices laissées par l’inceste sont visibles, elles s’incarnent sous nos yeux: images de cœurs sanguinolents, de Buddha pas très zen, de fillette-Ophélie sur le point de sombrer dans les eaux noires, du pistolet de la convenance placé sur la tempe. Le livre reproduit sur papier la pratique de blogueuse de O’Green qui, dans cet autre lieu d’expression, aborde la réalité de tous les types d’agression sexuelle.

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Mettre la hache de Pattie O’Green : un mal nécessaire

En plus de briser le silence, Pattie O’Green s’attaque à plusieurs idées reçues sur les agressions. Il faut absolument lire cette oeuvre, aussi bouleversante soit-elle, pour ouvrir ses yeux sur une réalité trop souvent masquée. Et aussi, tout simplement, parce qu’elle est un petit bijou de littérature.

Pattie O’Green signe une œuvre qui se distingue des récits traditionnels sur l’inceste. Sans rien enlever à ces derniers, pertinents également, on peut dire que Mettre la hache se démarque par sa structure et par ses innovations formelles. En effet, l’auteure n’y va pas d’une description factuelle et chronologique de son expérience incestueuse. Elle emprunte différentes formes (le slam, une lettre écrite à Bouddha, des récits de son passé et de son présent, des dialogues imaginaires, de nombreuses citations, des pensées philosophiques, etc.) dans un style tantôt lyrique, tantôt ironique ou pamphlétaire.

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Mettre la hache: Saisir l’inceste…

Vous avez peut-être vu ce petit livre dernièrement. Il est assez dur à manquer avec sa couverture jaune «highlighter» et son titre intriguant: Mettre la hache. Slam western sur l’inceste. Pattie O’Green: retenez ce nom et espérez en entendre parler encore longtemps.

Les Éditions du remue-ménage m’étonnent de plus en plus avec leurs dernières publications qui s’inscrivent fortement dans le paysage féministe québécois et soulèvent des questions nécessaires sous des témoignages parfois douloureux. Pattie O’Green a été victime d’inceste, tout comme sa sœur, et tente maintenant de panser les blessures et d’exorciser tout ce qui a pu être engendré par ces actes destructeurs. Comment se définir maintenant à l’âge adulte, quand notre corps ne nous a jamais appartenu et avec un choc post-traumatique? La jeune femme l’a d’abord fait sur un blogue (attention un peu à vos yeux!), en empruntant ce pseudonyme de Pattie O’Green, pour ensuite refondre le tout dans ce petit livre grand comme l’univers.

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Mettre la hache de Pattie O’Green

Si jamais quelqu’un·e se demandait quelles sont les suites de la réflexion critique qui fut entamée au Québec avec #agressionnondénoncée, on pourrait lui citer le colloque «Sexe, Amour, Pouvoir», mais il m’apparaît que l’ouvrage de Pattie O’Green est probablement celui qui pousse la question jusqu’aux tranchées.

Sans jamais s’inscrire directement dans la continuité du mouvement social, le propos est plus précis, O’Green aborde cependant les enjeux des plaintes d’agression et de leurs traitements, de l’anesthésie des expériences (et de leur relativisation), de la psychiatrisation et la médicalisation, mais rentre aussi sa hache dans «the personal is political» («Un jour, je suis devenue enceinte, l’enceinte de tout le monde. […] J’ai vu les plus ardents défenseurs de la notion de consentement oublier que le corps d’une femme était à elle lorsqu’elle portait un enfant.», p.92). […]

Bref, en apparence extrêmement brutal et tranchant (ce qu’il est avec raisons, elle les nomme), Mettre la hache est un ouvrage excessivement travaillé au niveau de la réflexion sur les thèmes abordés, au niveau du style, mais aussi dans la réponse aux éventuelles critiques. […]

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Rompre le silence à la hache

Brisez le silence, conseille-t-on souvent aux victimes d’abus. Briser le silence? rétorque en ruant la blogueuse et désormais auteure Pattie O’Green. «Moi, je parle depuis le début, signale cette victime d’inceste, et ce que je reçois en retour, c’est un silence. Un silence social, qui règne. Et c’est ça qui fait mal. “Libérez-vous en parlant”, disent-ils, mais ce n’est pas libérateur de parler si ce que tu reçois en retour c’est… rien!»

C’est pour casser ce mutisme que Pattie O’Green signe un petit livre coup-de-poing, son premier: Mettre la hache. Slam western sur l’inceste (Remue-ménage). S’y répand une écriture crachée, une colère à peine taillée, qui dépèce dans l’élan nos hypocrisies sociales, nos contradictions et les dommages qu’elles entraînent. [..]

Mais la parole libératrice qui jaillit de Mettre la hache, avec ses maladresses, sa langue sale de sacres et de franglais, ses fulgurances, cette colère de femme essentielle parce qu’encore trop souvent tue, fille-harpie des Josée Yvon, Geneviève Desrosiers et autres soeurs-commandos, est nécessaire. Et ce discours sur l’inceste, la convenance, les stéréotypes, la psychiatrisation, la distanciation a aussi besoin d’être. Et d’être entendu.

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Mettre la hache | un témoignage très fort sur l’inceste

L’auteure Pattie O’Green exorcise ses démons et dénonce notre difficulté à parler de l’inceste et à reconnaître cette réalité dans Mettre la hache: Slam western sur l’inceste, petit ouvrage fait de brefs chapitres rythmés. Catherine Perrin s’entretient avec elle.

[Pattie O’Green]  Il faut mettre la hache dans le doute, parce qu’en tant que société, quand on doute des témoignages des victimes, on met en péril leur équilibre psychologique […] Il faut d’emblée croire ces témoignages. […] Ce que j’essaie de dire dans ce livre, c’est notre espèce d’anesthésie à la douleur, mais aussi notre fermeture à la colère— cette chose qui, quand on y résiste, ou quand on nous pousse à y résister— nous rend malade. La colère, c’est signe que quelque chose ne va pas bien. C’est un moteur de changement. […] 

 

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